Faisons un bout de chemin ensemble...

Tiens de la visite... Que faîtes-vous ici?

Perdu vous aussi?

Oui, il fait noir... Mais allons vers la lumière là-bas... Les étoiles nous guideront; notre chemin sera parsemé des plus grandes merveilles scientifiques des incroyables mathématiques à un peu de biologie parfois en passant par l'intriguante physique et l'étrange chimie. Parfois, nous pourrons tomber sur une petite parenthèse littéraire.

Quoi? Vous dîtes? Qu'est-ce que cette lumière rayonnante là-bas?

Bonne question... Allons voir!

Mercredi 20 juin 2007

Dans le folklore québécois, le diable est un bon danseur qui charme facilement les femmes à ce qu'il paraît. C'est du moins, l'impression qu'on a en lisant le chapitre 5 de l'Influence d'un livre de Philippe aubert de Gaspé fils. (petite anecdote: à sa parution en plein 19e siècle sous la domination de l'église, il fut forcé de changer le titre pour Le chasseur de trésor, parce que, selon l'église, il n'y a qu'un livre qui peut avoir une influence! Maintenant, le titre original a repris tous ses droits.)

C'était le mardi gras de l'année 17—. Je revenais à Montréal, après cinq ans de séjour dans le nord-ouest. Il tombait une neige collante et, quoique le temps fût très calme, je songeai à camper de bonne heure; j'avais un bois d'une lieue à passer, sans habitation; et je connaissais trop bien le climat pour m'y engager à l'entrée de la nuit—ce fut donc avec une vraie satisfaction que j'aperçus une petite maison, à l'entrée de ce bois, où j'entrai demander à couvert.—Il n'y avait que trois personnes dans ce logis lorsque j'y entrai: un vieillard d'une soixantaine d'années, sa femme et une jeune et jolie fille de dix-sept à dix-huit ans qui chaussait un bas de laine bleue dans un coin de la chambre, le dos tourné à nous, bien entendu; en un mot, elle achevait sa toilette. Tu ferais mieux de ne pas y aller, Marguerite, avait dit le père comme je franchissais le seuil de la porte. Il s'arrêta tout court en me voyant et, me présentant un siège, il me dit, avec politesse—Donnez-vous la peine de vous asseoir, monsieur, vous paraissez fatigué; notre femme rince un verre; monsieur prendra un coup, ça le délassera.

Les habitants n'étaient pas aussi cossus dans ce temps-là qu'ils le sont aujourd'hui; oh! non. La bonne femme prit un petit verre sans pied, qui servait à deux fins, savoir: à boucher la bouteille et ensuite à abreuver le monde; puis, le passant deux à trois fois dans le seau à boire suspendu à un crochet de bois derrière la porte, le bonhomme me le présenta encore tout brillant des perles de l'ancienne liqueur, que l'eau n'avait pas entièrement détachée, et me dit: Prenez, monsieur, c'est de la franche eau-de-vie, et de la vergeuse; on n'en boit guère de semblable depuis que l'Anglais a pris le pays.

Pendant que le bonhomme me faisait des politesses, la jeune fille ajustait une fontange autour de sa coiffe de mousseline en se mirant dans le même seau qui avait servi à rincer mon verre; car les miroirs n'étaient pas communs alors chez les habitants. Sa mère la regardait en dessous, avec complaisance, tandis que le bonhomme paraissait peu content.—Encore une fois, dit-il, en se relevant de devant la porte du poêle et en assujettissant sur sa pipe un charbon ardent d'érable avec son couteau plombé, tu ferais mieux de ne pas y aller, Charlotte.—Ah! voilà comme vous êtes toujours, papa; avec vous on ne pourrait jamais s'amuser.—Mais aussi, mon vieux, dit la femme, il n'y a pas de mal, et puis José va venir la chercher, tu ne voudrais pas qu'elle lui fit un tel affront?

Le nom de José sembla radoucir le bonhomme.

—C'est vrai, c'est vrai, dit-il, entre ses dents; mais promets-moi toujours de ne pas danser sur le mercredi des Cendres: tu sais ce qui est arrivé à Rose Latulipe...

—Non, non, mon père, ne craignez pas: tenez, voilà José.

Et en effet, on avait entendu une voiture; un gaillard, assez bien découplé, entra en sautant et en se frappant les deux pieds l'un contre l'autre; ce qui couvrit l'entrée de la chambre d'une couche de neige d'un demi-pouce d'épaisseur. José fit le galant; et vous auriez bien ri vous autres qui êtes si bien nippés de le voir dans son accoutrement des dimanches: d'abord un bonnet gris lui couvrait la tête, un capot d'étoffe noire dont la taille lui descendait six pouces plus bas que les reins, avec une ceinture de laine de plusieurs couleurs qui lui battait sur les talons, et enfin une paire de culottes vertes à mitasses bordées en tavelle rouge complétait cette bizarre toilette.

—Je crois, dit le bonhomme, que nous allons avoir un furieux temps; vous feriez mieux d'enterrer le mardi gras avec nous.

—Que craignez-vous, père, dit José, en se tournant tout à coup, et faisant claquer un beau fouet à manche rouge, et dont la mise était de peau d'anguille, croyez-vous que ma guevale ne soit pas capable de nous traîner? Il est vrai qu'elle a déjà sorti trente cordes d'érable du bois; mais ça n'a fait que la mettre en appétit.

Le bonhomme réduit enfin au silence, le galant fit embarquer sa belle dans sa carriole, sans autre chose sur la tête qu'une coiffe de mousseline, par le temps qu'il faisait; s'enveloppa dans une couverte; car il n'y avait que les gros qui eussent des robes de peaux dans ce temps-là; donna un vigoureux coup de fouet à Charmante qui partit au petit galop, et dans un instant ils disparurent gens et bête dans la poudrerie.

—Il faut espérer qu'il ne leur arrivera rien de fâcheux, dit le vieillard, en chargeant de nouveau sa pipe.

—Mais, dites-moi donc, père, ce que vous avez à craindre pour votre fille; elle va sans doute le soir chez des gens honnêtes.

—Ha! monsieur, reprit le vieillard, vous ne savez pas; c'est une vieille histoire, mais qui n'en est pas moins vraie! tenez: allons bientôt nous mettre à table; et je vous conterai cela en frappant la fiole.

—Je tiens cette histoire de mon grand-père, dit le bonhomme; et je vais vous la conter comme il me la contait lui-même:

Il y avait autrefois un nommé Latulipe qui avait une fille dont il était fou; en effet c'était une jolie brune que Rose Latulipe: mais elle était un peu scabreuse, pour ne pas dire éventée.—Elle avait un amoureux nommé Gabriel Lepard, qu'elle aimait comme la prunelle de ses yeux; cependant, quand d'autres l'accostaient, on dit qu'elle lui en faisait passer; elle aimait beaucoup les divertissements, si bien qu'un jour de mardi gras, un jour comme aujourd'hui, il y avait plus de cinquante personnes assemblées chez Latulipe; et Rose, contre son ordinaire, quoique coquette, avait tenu, toute la soirée, fidèle compagnie à son prétendu: c'était assez naturel; ils devaient se marier à Pâques suivant. Il pouvait être onze heures du soir, lorsque tout à coup, au milieu d'un cotillon, on entendit une voiture s'arrêter devant la porte. Plusieurs personnes coururent aux fenêtres, et, frappant avec leurs poings sur les châssis, en dégagèrent la neige collée en dehors afin de voir le nouvel arrivé, car il faisait bien mauvais. Certes! cria quelqu'un, c'est un gros, comptes-tu, Jean, quel beau cheval noir; comme les yeux lui flambent; on dirait, le diable m'emporte, qu'il va grimper sur la maison. Pendant ce discours, le monsieur était entré et avait demandé au maître de la maison la permission de se divertir un peu. C'est trop d'honneur nous faire, avait dit Latulipe, dégrayez-vous, s'il vous plaît—nous allons faire dételer votre cheval. L'étranger s'y refusa absolument—sous prétexte qu'il ne resterait qu'une demi-heure, étant très pressé. Il ôta cependant un superbe capot de chat sauvage et parut habillé en velours noir et galonné sur tous les sens. Il garda ses gants dans ses mains, et demanda permission de garder aussi son casque; se plaignant du mal de tête.

—Monsieur prendrait bien un coup d'eau-de-vie, dit Latulipe en lui présentant un verre. L'inconnu fit une grimace infernale en l'avalant; car Latulipe, ayant manqué de bouteilles, avait vidé l'eau bénite de celle qu'il tenait à la main, et l'avait remplie de cette liqueur. C'était bien mal au moins.—Il était beau cet étranger, si ce n'est qu'il était très brun et avait quelque chose de sournois dans les yeux. Il s'avança vers Rose, lui prit les deux mains et lui dit: J'espère, ma belle demoiselle, que vous serez à moi ce soir et que nous danserons toujours ensemble.

—Certainement, dit Rose, à demi-voix et en jetant un coup d'œil timide sur le pauvre Lepard, qui se mordit les lèvres à en faire sortir le sang.

L'inconnu n'abandonna pas Rose du reste de la soirée, en sorte que le pauvre Gabriel renfrogné dans un coin ne paraissait pas manger son avoine de trop bon appétit.

Dans un petit cabinet qui donnait sur la chambre de bal était une vieille et sainte femme qui, assise sur un coffre, au pied d'un lit, priait avec ferveur; d'une main elle tenait un chapelet, et de l'autre se frappait fréquemment la poitrine. Elle s'arrêta tout à coup, et fit signe à Rose qu'elle voulait lui parler.

—Écoute, ma fille, lui dit-elle; c'est bien mal à toi d'abandonner le bon Gabriel, ton fiancé, pour ce monsieur il y a quelque chose qui ne va pas bien; car chaque fois que je prononce les saints noms de jésus et de Marie, il jette sur moi des regards de fureur.—Vois comme il vient de nous regarder avec des yeux enflammés de colère.

—Allons, tantante, dit Rose, roulez votre chapelet, et laissez les gens du monde s'amuser.

—Que vous a dit cette vieille radoteuse? dit l'étranger.

—Bah, dit Rose, vous savez que les anciennes prêchent toujours les jeunes.

Minuit sonna et le maître du logis voulut alors faire cesser la danse, observant qu'il était peu convenable de danser sur le mercredi des Cendres.

—Encore une petite danse, dit l'étranger.—Oh! oui, mon cher père, dit Rose; et la danse continua.

—Vous m'avez promis, belle Rose, dit l'inconnu, d'être à moi toute la veillée: pourquoi ne seriez-vous pas à moi pour toujours?

—Finissez donc, monsieur, ce n'est pas bien à vous de vous moquer d'une pauvre fille d'habitant comme moi, répliqua Rose.

—Je vous jure, dit l'étranger, que rien n'est plus sérieux que ce que je vous propose; dites: Oui... seulement, et rien ne pourra nous séparer à l'avenir.

—Mais, monsieur!... et elle jeta un coup d'œil sur le malheureux Lepard.

—J'entends, dit l'étranger, d'un air hautain, vous aimez ce Gabriel? ainsi n'en parlons plus.

—Oh! oui... je l'aime... je l'ai aimé... mais tenez, vous autres gros messieurs, vous êtes si enjôleurs de filles que je ne puis m'y fier.

—Quoi! belle Rose, vous me croiriez capable de vous tromper, s'écria l'inconnu, je vous jure par ce que j'ai de plus sacré... par...

—Oh! non, ne jurez pas; je vous crois, dit la pauvre fille; mais mon père n'y consentira peut-être pas?

—Votre père, dit l'étranger avec un sourire amer; dites que vous êtes à moi et je me charge du reste.

—Eh bien! Oui, répondit-elle.

—Donnez-moi votre main, dit-il, comme sceau de votre promesse.

L'infortunée Rose lui présenta la main qu'elle retira aussitôt en poussant un petit cri de douleur; car elle s'était senti piquer, elle devint pâle comme une morte et prétendant un mal subit elle abandonna la danse. Deux jeunes maquignons rentraient dans cet instant, d'un air effaré, et prenant Latulipe à part lui dirent:

—Nous venons de dehors examiner le cheval de ce monsieur; croiriez-vous que toute la neige est fondue autour de lui, et que ses pieds portent sur la terre? Latulipe vérifia ce rapport et parut d'autant plus saisi d'épouvante qu'ayant remarqué, tout à coup, la pâleur de sa fille auparavant, il avait obtenu d'elle un demi-aveu de ce qui s'était passé entre elle et l'inconnu. La consternation se répandit bien vite dans le bal, on chuchotait et les prières seules de Latulipe empêchaient les convives de se retirer.

L'étranger, paraissant indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, continuait ses galanteries auprès de Rose, et lui disait en riant, et tout en lui présentant un superbe collier en perles et en or: Ôtez votre collier de verre, belle Rose, et acceptez, pour l'amour de moi, ce collier de vraies perles.—Or, à ce collier de verre, pendait une petite croix et la pauvre fille refusait de l'ôter.

Cependant une autre scène se passait au presbytère de la paroisse où le vieux curé, agenouillé depuis neuf heures du soir, ne cessait d'invoquer Dieu: le priant de pardonner les péchés que commettaient ses paroissiens dans cette nuit de désordre: le mardi gras.—Le saint vieillard s'était endormi, en priant avec ferveur, et était enseveli, depuis une heure, dans un profond sommeil, lorsque s'éveillant tout à coup, il courut à son domestique, en lui criant: Ambroise, mon cher Ambroise, lève-toi, et attelle vite ma jument Au nom de Dieu, attelle vite. Je te ferai présent d'un mois, de deux mois, de six mois de gages.

—Qu'y-a-t-il? monsieur, cria Ambroise, qui connaissait le zèle du charitable curé; y a-t-il quelqu'un en danger de mort?

—En danger de mort! répéta le curé; plus que cela, mon cher Ambroise! une âme en danger de son salut éternel. Attèle, attelle promptement.

Au bout de cinq minutes, le curé était sur le chemin qui conduisait à la demeure de Latulipe et, malgré le temps affreux qu'il faisait, avançait avec une rapidité incroyable; c'était, voyez-vous, sainte Rose qui aplanissait la route.

Il était temps que le curé arrivât; l'inconnu en tirant sur le fil du collier l'avait rompu, et se préparait à saisir la pauvre Rose; lorsque le curé, prompt comme l'éclair, l'avait prévenu en passant son étole autour du col de la jeune fille et, la serrant contre sa poitrine où il avait reçu son Dieu le matin, s'écria d'une voix tonnante:—Que fais-tu ici, malheureux, parmi des chrétiens?

Les assistants étaient tombés à genoux à ce terrible spectacle et sanglotaient en voyant leur vénérable pasteur qui leur avait toujours paru si timide et si faible, et maintenant si fort et si courageux, face à face avec l'ennemi de Dieu et des hommes.

—Je ne reconnais pas pour chrétiens, répliqua Lucifer en roulant des yeux ensanglantés, ceux qui, par mépris de votre religion, passent à danser, à boire et à se divertir, des jours consacrés à la pénitence par vos préceptes maudits; d'ailleurs cette jeune fille s'est donnée à moi, et le sang qui a coulé de sa main est le sceau qui me l'attache pour toujours.

—Retire-toi, Satan, s'écria le curé, en lui frappant le visage de son étole, et en prononçant des mots latins que personne ne put comprendre. Le diable disparut aussitôt avec un bruit épouvantable et laissant une odeur de soufre qui pensa suffoquer l'assemblée. Le bon curé, s'agenouillant alors, prononça une fervente prière en tenant toujours la malheureuse Rose, qui avait perdu connaissance, collée sur son sein, et tous y répondirent par de nouveaux soupirs et par des gémissements.

—Où est-il? où est-il? s'écria la pauvre fille, en recouvrant l'usage de ses sens.—Il est disparu, s'écria-t-on de toutes parts. Oh mon père! mon père! ne m'abandonnez pas! s'écria Rose, en se traînant aux pieds de son vénérable pasteur—emmenez-moi avec vous... Vous seul pouvez me protéger... je me suis donnée à lui... je crains toujours qu'il ne revienne... un couvent! un couvent!—Eh bien, pauvre brebis égarée, et maintenant repentante, lui dit le vénérable pasteur, venez chez moi, je veillerai sur vous, je vous entourerai de saintes reliques, et si votre vocation est sincère, comme je n'en doute pas après cette terrible épreuve, vous renoncerez à ce monde qui vous a été si funeste.

Cinq ans après, la cloche du couvent de... avait annoncé depuis deux jours qu'une religieuse, de trois ans de profession seulement, avait rejoint son époux céleste, et une foule de curieux s'étaient réunis dans l'église, de grand matin, pour assister à ses funérailles. Tandis que chacun assistait à cette cérémonie lugubre avec la légèreté des gens du monde, trois personnes paraissaient navrées de douleur: un vieux prêtre agenouillé dans le sanctuaire priait avec ferveur, un vieillard dans la nef déplorait en sanglotant la mort d'une fille unique, et un jeune homme, en habit de deuil, faisait ses derniers adieux à celle qui fut autrefois sa fiancée:—la malheureuse Rose Latulipe.

L'influence d'un livre, Philippe Aubert de Gaspé fils

(Pour lire le roman complet)

Dans la musique, le groupe Mes Aïeux a fait une adaptation de cette légende où le diable entraîne une bergère (on peut le voir comme une allusion aux valeurs traditionelles d'agriculture ou bien par référence religieuse) dans une danse qu'on devine être la danse du capitalisme et le temps qu'elle réalise ce qui se passe, il est impossible d'en sortir.

Résultat choc des dernières élections
Idées recyclées, sondages d'opinions
Candidat-vedette, mise en pli plus-que-parfaite et poignées de main bidon
La valse des votes pour un oui, pour un non
La peur est un leurre et on mord à l'hameçon
Tu peux rien y faire, l'injustice prolifère et l'espoir se morfond

C'est une valse populaire
Un pas devant, deux pas derrière
Danse avec moi, jolie bergère
Ne me pose pas de questions
Oublie un peu tes moutons
Faisons comme eux, comme le monde, tournons en rond… tournons

Variette à paillettes pour capter l'attention
Des gros plans payants pour Vidéotron
Une piasse par appel pour sauver la belle Annabelle en pseudo-formation
Clones en devenir de la diva Dion
Bien mauvaise nouvelle pour les gosseux de chansons
Ça prend toute la place, la culture de masse est gavée de bonbons

C'est une valse douce-amère
Une valse qui brasse des grosses affaires
Danse avec moi, jolie bergère
Ne me demande pas mon nom
Laisse derrière tous tes moutons
Faisons comme eux, comme le monde, tournons en rond… tournons

Méga-compagnies, expansions et fusions
Une autre année record, profit de cent millions
Nouvelle stratégie, belle philosophie d'entreprise et restructuration
Mises à pied massives, coupures et compressions
Les ressources s'épuisent, y'a pus d'jus dans l'citron
On marche sur la braise, dans la chambre des fournaises on rajoute du charbon

C'est une valse incendiaire
Une valse dont tu es prisonnière
Danse avec moi, jolie bergère
Peu à peu, tu devines mon nom
Tu veux r'tourner à tes moutons
Mais tu es comme le monde, prise dans le tourbillon

Invasion de l'Empire jusque dans ton salon
Alerte aux terroristes, nouvelle inquisition
Oiseaux de fer, croisades militaires, feu de l'enfer au nom du Dieu Pognon
État policier pour calmer les tensions
Si tu ouvres la bouche, tu goûteras du bâton
Au bout du compte, la liberté a honte de ce qu'on fait en son nom

C'est une valse meurtrière
Une valse vieille comme la terre
Danse avec moi jolie bergère
Pendant que tu dansais au bras du démon
Ils se sont sauvés tes moutons
Ils sont comme le monde, crisse de triste conclusion… ils se sont jetés en bas du pont

 

Dans un moment d'inspiration folle, j'ai réécrit à mon tour la légende à ma façon, ici.

Mercredi 20 juin 2007

En cette soirée de février, la tempête faisait rage dehors dans tous les coins du pays de québec. Dans un petit village de Lanaudière, perdu en quelque part entre les forêts et les champs de maïs sommeillant sous l’épais édredon blanc de l’hiver, un dénommé Latulipe organisait une petite veillée question de remonter un peu le moral de ses compatriotes en  ces froids et si courts jours.

 

 

 

La fête allait de bon train dans l’immense – car Latulipe était un des paysans les plus riches de la région – et confortable logis des Latulipe. Presque tous les paroissiens y étaient présents. Les plus vieux chantaient et parlaient bruyamment et les plus jeunes dansaient et riaient aux éclats et tous buvaient sans ménagement. Les archets des violons faisaient vibrer toute la maison dans un rythme effréné. Bref, tout le monde s’amusait. Tous, sauf la jeune Rose Latulipe.

 

 

 

Un soir de janvier un peu après les fêtes, sans prévenir, sans avoir donné le moindre signe, son jeune fiancé – que Rose aimait plus que tout au monde – l’a regardée comme une étrangère et est parti au bras d’une autre. Lui qui était au petit soin pour elle la veille de la rupture, lui qui l’avait demandée en mariage. Et elle l’avait cru. Elle lui avait tout promis, elle avait dit oui. Tous ces mots, tous ces tendres moments, tous ces regards… Tout ça, pour rien, pour se faire jeter dès qu’une plus belle s’est pointée le nez. Depuis cette triste soirée, elle avait les hommes en horreur et s’était jurée de ne plus jamais se laisser amadouer par ces créatures primitives qui agissent  avec leur instinct. Pourtant, elle était constamment entourée de nombreux prétendants… qui prétendaient pouvoir lui redonner le sourire alors qu’ils ne voulaient que son argent. Elle le voyait dans leurs discours qui se ressemblaient tous, eux qui ne parlaient que de mariage, de famille, de vie commune, de former un couple… mais jamais d’elle!

 

 

 

Vers les 23 heures, quelqu’un cogna à la porte. Le nouvel arrivant suscita un intérêt vu la tempête qui rendait tout déplacements impossibles. Un homme se montra sous les lumières électriques. Il était seul, sans trace de véhicule, ce qui sembla bizarre.

-         Bonsoir dit-il. Je suis un voyageur et je crois m’être égaré… Voudriez-vous bien me fournir un endroit où passer la nuit?

-         Ben certainement, mon bon monsieur!, répondit Latulipe Vous z’êtes  le bienvenue ici, y’a d’la place en masse. Entrez donc! Déshabillez-vous et tirez-vous une bûche! Prendrez-vous queque chose à boire mon cher heuuu…

-         Avec plaisir. Appelez-moi Victor.

 

 

 

Le bel inconnu portait un long manteau noir qui traînait derrière lui comme cape royale. Sous ses habits hivernaux, il était vêtu d’une belle et simple chemise noir. Un pantalon noir également complétait sa simple toilette. Ses cheveux noir légèrement en bataille prenaient des allures de flammes sur sa tête et ses yeux brillaient étrangement d’une façon envoûtante. En le voyant, la jeune Rose rougit aussitôt et fut extrêmement troublée par cet étrange inconnu arrivé comme par miracle en pleine tempête.

 

 

 

Il l’a remarqua aussitôt et se dirigea vers elle avec un sourire à faire tomber en extase la plus prude des femmes. D’une voix douce comme une caresse, il lui murmura à l’oreille :

-         Belle demoiselle, voudriez-vous danser avec moi toute la soirée?

-         Oui, murmura-t-elle simplement totalement sous le charme

 

 

 

Il lui prit doucement la main, l’amena tout contre lui et ils dansèrent une valse seuls dans leur coin, indépendamment du rythme des chansons en cours. Rose était si bien contre Victor, collée sur sa poitrine si chaude, bercée si doucement. Bien qu’elle ne savait pas danser, elle se laissait emporter par l’inconnu et leurs pas s’agençaient à la perfection. Après un moment, elle lui demanda doucement :

-         Mais qui êtes-vous?

-         Ne me pose pas de questions, belle bergère, et danse avec moi ma douce fleur.

 

 

 

Elle ne dit plus rien. Elle était si bien… comme il était charmant et élégant ce monsieur…

 

 

 

Tout le monde les regardaient dans la salle. Tous les jeunes hommes juraient contre l’intrus qui leur volait leur seul espoir de richesse immédiate. Tout bas, ils murmuraient tous leurs hypothèses à propos de Victor, le mystérieux. Quelques vieilles femmes répétaient qu’il était un démon et priaient, chapelet à la main. Elles finirent par convaincre tout le monde.

Il était passé minuit, Rose et Victor dansaient depuis plus d’une heure et ne semblait pas vouloir s’arrêter. Victor murmuraient de doux compliments à l’oreille de sa compagne, il la caressait légèrement et parfois lui baisait le cou. Elle le laissait faire, ne pouvant résister. Pourtant, elle avait deviné elle aussi que l’élégant Victor n’était nul autre que Lucifer en personne.

-         Rose, vous m’aviez promis d’être à moi toute la soirée. Pourtant elle est terminée; il est passé minuit. Ne voudriez-vous pas être à moi pour toujours? Enfuyons-nous ensembles pour l’éternité.

-         Je sais qui vous êtes… vous êtes le diable… murmura-t-elle faiblement

-         Lui-même en personne… dit-il avec un sourire

-         Vous, le Mal…

-         Le Mal? Le seul véritable Mal qui existe en ce monde est celui dans le cœur des hommes et vous le savez bien ma douce. Regardez-les agir, ces pauvres bêtes. Je vous donne votre seule chance de sortir de ce monde corrompu. Ici, tout est calculé d’avance avec la raison. Mais ce n’est pas pour rien que le feu – le même qui sévit en enfer – est associé à la passion. Et le feu brûle en vous, je le sens, je le vois. Je vous veux avec moi pour l’éternité.

 

 

 

Elle buvait ses paroles, rêvait de partir avec lui, se disait qu’un démon n’est pas si méchant que ça… Sa volonté cédait et il le savait, lui caressait le dos et les hanches de plus belle, lui baisant le cou, le bras, la main. Elle s’enflammait, elle cédait, elle allait dire oui, quand tout d’un coup, les hommes arrivèrent et la séparèrent du diable.

Elle reprit ses esprits brutalement, regarda autour d’elle étonnée. Les yeux de Victor se mirent à flamboyer.

-         Comment osez-vous, elle seule à le droit de décider de son destin, rugit-il

-         On te laissera pas faire Lucifer, maudit de démon. Tu vas y goûter mon estie!

 

 

 

Rose voyait ce troupeau d’hommes d’une façon différente, pire qu’avant l’arrivée du beau diable. Il lui semblait que le démon avait raison.

-         Taisez-vous bande d’ignorants!, cria-t-elle.

-         Mais c’est le yâble lui dit son père

-         Je sais parfaitement qui il est. Et même en étant le diable, il est mieux que vous tous ici.

-         Quoi?

-         Non mais regardez-vous! Vous n’en avez qu’après mon argent. Lui, il en a après mon âme. L’argent est-il donc plus important pour vous qu’une âme? Avec lui, je n’aurai jamais froid. Votre Dieu, fait à votre image, je n’en veux pas! Parce que vous me dégoûtez!

 

 

 

Elle poussa le troupeau qui la regardait étonné et alla se coller contre Victor.

-         Rose, la plus fière d’entre les fières, la plus pure d’entre les pures, voulez-vous être à moi pour toute l’éternité?

-         Oui, dit-elle clairement.

-         Vous savez, ce n’est pas pour rien que le mot embrasser ressemble si étrangement à embraser…

 

 

 

Ils s’embrassèrent doucement et passionnément. Leurs corps prirent feu et ils disparurent en une étreinte, laissant derrière eux une odeur de soufre.

 

 

 

 
 
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