J'aime me promener dehors immédiatemment après une tempête de neige. Les trottoirs débordent encore de neige hissée en une haute bordure par le déneigement de la rue (bien entendu, c'est plus important de dégager la rue pour que les automobilistes puissent polluer plutôt que de dégager le chemin des piétons. Eh bien soit! Je ne m'en plains pas, bien au contraire).
J'aime y marcher, lentement, renfoncer - parfois jusqu'aux genoux - dans l'épaisse couche de neige. Se dégager avec peine, marcher d'un pas ferme mais tremblant à la fois, glissant sur la neige, s'élever au-dessus, sur la neige, dévaler la petite pente ainsi créée. Aucune trace de pas n'est visible. Qui irait marcher dehors sur un trottoir pas encore dégager? Ça donne l'impression d'un chemin inconnu, parcourru pour la première fois. Avancer sur une route encore vierge, la troubler, y semer le chaos, se l'approprier.
D'autres personnes sont à l'extérieur. Mais elles ne sont pas là; je suis seule. Elles ne me comprennent pas, elles n'ont pas envie de me comprendre, elles ne se demandent pas ce que je fais là; ce n'est pas de leurs affaires, elles ne me regardent pas, elles font comme si je n'étais pas là. Alors, soit. Je ne suis pas là. Où suis-je alors? Ailleurs. Au même endroit géographique, mais dans une autre réalité. MA réalité, réalité qui n'existe pas pour ces personnes.
Avec mon sac à dos, j'ai l'impression d'être en voyage d'exploration. Le vent est doux sur mon visage que je tiens à découvert. D'ailleurs, il ne fait pas froid.
Un livre dans les mains, marchant lourdement dans la neige, le ciel couvert, je suis bien. Aucune question ne me vient à l'esprit, aucune pensée. Je ne songe même pas à continuer ma lecture. Je marche inlassablement, comme perdue ailleurs, ne sachant pas au juste où aller, pourquoi je marche. Je marche tout simplement avec une seule certitude en tête: je ne sais pas où je vais, mais lorsque j'y serais, je le saurai.
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