Faisons un bout de chemin ensemble...

Tiens de la visite... Que faîtes-vous ici?

Perdu vous aussi?

Oui, il fait noir... Mais allons vers la lumière là-bas... Les étoiles nous guideront; notre chemin sera parsemé des plus grandes merveilles scientifiques des incroyables mathématiques à un peu de biologie parfois en passant par l'intriguante physique et l'étrange chimie. Parfois, nous pourrons tomber sur une petite parenthèse littéraire.

Quoi? Vous dîtes? Qu'est-ce que cette lumière rayonnante là-bas?

Bonne question... Allons voir!

Mercredi 20 juin 2007

Dans le folklore québécois, le diable est un bon danseur qui charme facilement les femmes à ce qu'il paraît. C'est du moins, l'impression qu'on a en lisant le chapitre 5 de l'Influence d'un livre de Philippe aubert de Gaspé fils. (petite anecdote: à sa parution en plein 19e siècle sous la domination de l'église, il fut forcé de changer le titre pour Le chasseur de trésor, parce que, selon l'église, il n'y a qu'un livre qui peut avoir une influence! Maintenant, le titre original a repris tous ses droits.)

C'était le mardi gras de l'année 17—. Je revenais à Montréal, après cinq ans de séjour dans le nord-ouest. Il tombait une neige collante et, quoique le temps fût très calme, je songeai à camper de bonne heure; j'avais un bois d'une lieue à passer, sans habitation; et je connaissais trop bien le climat pour m'y engager à l'entrée de la nuit—ce fut donc avec une vraie satisfaction que j'aperçus une petite maison, à l'entrée de ce bois, où j'entrai demander à couvert.—Il n'y avait que trois personnes dans ce logis lorsque j'y entrai: un vieillard d'une soixantaine d'années, sa femme et une jeune et jolie fille de dix-sept à dix-huit ans qui chaussait un bas de laine bleue dans un coin de la chambre, le dos tourné à nous, bien entendu; en un mot, elle achevait sa toilette. Tu ferais mieux de ne pas y aller, Marguerite, avait dit le père comme je franchissais le seuil de la porte. Il s'arrêta tout court en me voyant et, me présentant un siège, il me dit, avec politesse—Donnez-vous la peine de vous asseoir, monsieur, vous paraissez fatigué; notre femme rince un verre; monsieur prendra un coup, ça le délassera.

Les habitants n'étaient pas aussi cossus dans ce temps-là qu'ils le sont aujourd'hui; oh! non. La bonne femme prit un petit verre sans pied, qui servait à deux fins, savoir: à boucher la bouteille et ensuite à abreuver le monde; puis, le passant deux à trois fois dans le seau à boire suspendu à un crochet de bois derrière la porte, le bonhomme me le présenta encore tout brillant des perles de l'ancienne liqueur, que l'eau n'avait pas entièrement détachée, et me dit: Prenez, monsieur, c'est de la franche eau-de-vie, et de la vergeuse; on n'en boit guère de semblable depuis que l'Anglais a pris le pays.

Pendant que le bonhomme me faisait des politesses, la jeune fille ajustait une fontange autour de sa coiffe de mousseline en se mirant dans le même seau qui avait servi à rincer mon verre; car les miroirs n'étaient pas communs alors chez les habitants. Sa mère la regardait en dessous, avec complaisance, tandis que le bonhomme paraissait peu content.—Encore une fois, dit-il, en se relevant de devant la porte du poêle et en assujettissant sur sa pipe un charbon ardent d'érable avec son couteau plombé, tu ferais mieux de ne pas y aller, Charlotte.—Ah! voilà comme vous êtes toujours, papa; avec vous on ne pourrait jamais s'amuser.—Mais aussi, mon vieux, dit la femme, il n'y a pas de mal, et puis José va venir la chercher, tu ne voudrais pas qu'elle lui fit un tel affront?

Le nom de José sembla radoucir le bonhomme.

—C'est vrai, c'est vrai, dit-il, entre ses dents; mais promets-moi toujours de ne pas danser sur le mercredi des Cendres: tu sais ce qui est arrivé à Rose Latulipe...

—Non, non, mon père, ne craignez pas: tenez, voilà José.

Et en effet, on avait entendu une voiture; un gaillard, assez bien découplé, entra en sautant et en se frappant les deux pieds l'un contre l'autre; ce qui couvrit l'entrée de la chambre d'une couche de neige d'un demi-pouce d'épaisseur. José fit le galant; et vous auriez bien ri vous autres qui êtes si bien nippés de le voir dans son accoutrement des dimanches: d'abord un bonnet gris lui couvrait la tête, un capot d'étoffe noire dont la taille lui descendait six pouces plus bas que les reins, avec une ceinture de laine de plusieurs couleurs qui lui battait sur les talons, et enfin une paire de culottes vertes à mitasses bordées en tavelle rouge complétait cette bizarre toilette.

—Je crois, dit le bonhomme, que nous allons avoir un furieux temps; vous feriez mieux d'enterrer le mardi gras avec nous.

—Que craignez-vous, père, dit José, en se tournant tout à coup, et faisant claquer un beau fouet à manche rouge, et dont la mise était de peau d'anguille, croyez-vous que ma guevale ne soit pas capable de nous traîner? Il est vrai qu'elle a déjà sorti trente cordes d'érable du bois; mais ça n'a fait que la mettre en appétit.

Le bonhomme réduit enfin au silence, le galant fit embarquer sa belle dans sa carriole, sans autre chose sur la tête qu'une coiffe de mousseline, par le temps qu'il faisait; s'enveloppa dans une couverte; car il n'y avait que les gros qui eussent des robes de peaux dans ce temps-là; donna un vigoureux coup de fouet à Charmante qui partit au petit galop, et dans un instant ils disparurent gens et bête dans la poudrerie.

—Il faut espérer qu'il ne leur arrivera rien de fâcheux, dit le vieillard, en chargeant de nouveau sa pipe.

—Mais, dites-moi donc, père, ce que vous avez à craindre pour votre fille; elle va sans doute le soir chez des gens honnêtes.

—Ha! monsieur, reprit le vieillard, vous ne savez pas; c'est une vieille histoire, mais qui n'en est pas moins vraie! tenez: allons bientôt nous mettre à table; et je vous conterai cela en frappant la fiole.

—Je tiens cette histoire de mon grand-père, dit le bonhomme; et je vais vous la conter comme il me la contait lui-même:

Il y avait autrefois un nommé Latulipe qui avait une fille dont il était fou; en effet c'était une jolie brune que Rose Latulipe: mais elle était un peu scabreuse, pour ne pas dire éventée.—Elle avait un amoureux nommé Gabriel Lepard, qu'elle aimait comme la prunelle de ses yeux; cependant, quand d'autres l'accostaient, on dit qu'elle lui en faisait passer; elle aimait beaucoup les divertissements, si bien qu'un jour de mardi gras, un jour comme aujourd'hui, il y avait plus de cinquante personnes assemblées chez Latulipe; et Rose, contre son ordinaire, quoique coquette, avait tenu, toute la soirée, fidèle compagnie à son prétendu: c'était assez naturel; ils devaient se marier à Pâques suivant. Il pouvait être onze heures du soir, lorsque tout à coup, au milieu d'un cotillon, on entendit une voiture s'arrêter devant la porte. Plusieurs personnes coururent aux fenêtres, et, frappant avec leurs poings sur les châssis, en dégagèrent la neige collée en dehors afin de voir le nouvel arrivé, car il faisait bien mauvais. Certes! cria quelqu'un, c'est un gros, comptes-tu, Jean, quel beau cheval noir; comme les yeux lui flambent; on dirait, le diable m'emporte, qu'il va grimper sur la maison. Pendant ce discours, le monsieur était entré et avait demandé au maître de la maison la permission de se divertir un peu. C'est trop d'honneur nous faire, avait dit Latulipe, dégrayez-vous, s'il vous plaît—nous allons faire dételer votre cheval. L'étranger s'y refusa absolument—sous prétexte qu'il ne resterait qu'une demi-heure, étant très pressé. Il ôta cependant un superbe capot de chat sauvage et parut habillé en velours noir et galonné sur tous les sens. Il garda ses gants dans ses mains, et demanda permission de garder aussi son casque; se plaignant du mal de tête.

—Monsieur prendrait bien un coup d'eau-de-vie, dit Latulipe en lui présentant un verre. L'inconnu fit une grimace infernale en l'avalant; car Latulipe, ayant manqué de bouteilles, avait vidé l'eau bénite de celle qu'il tenait à la main, et l'avait remplie de cette liqueur. C'était bien mal au moins.—Il était beau cet étranger, si ce n'est qu'il était très brun et avait quelque chose de sournois dans les yeux. Il s'avança vers Rose, lui prit les deux mains et lui dit: J'espère, ma belle demoiselle, que vous serez à moi ce soir et que nous danserons toujours ensemble.

—Certainement, dit Rose, à demi-voix et en jetant un coup d'œil timide sur le pauvre Lepard, qui se mordit les lèvres à en faire sortir le sang.

L'inconnu n'abandonna pas Rose du reste de la soirée, en sorte que le pauvre Gabriel renfrogné dans un coin ne paraissait pas manger son avoine de trop bon appétit.

Dans un petit cabinet qui donnait sur la chambre de bal était une vieille et sainte femme qui, assise sur un coffre, au pied d'un lit, priait avec ferveur; d'une main elle tenait un chapelet, et de l'autre se frappait fréquemment la poitrine. Elle s'arrêta tout à coup, et fit signe à Rose qu'elle voulait lui parler.

—Écoute, ma fille, lui dit-elle; c'est bien mal à toi d'abandonner le bon Gabriel, ton fiancé, pour ce monsieur il y a quelque chose qui ne va pas bien; car chaque fois que je prononce les saints noms de jésus et de Marie, il jette sur moi des regards de fureur.—Vois comme il vient de nous regarder avec des yeux enflammés de colère.

—Allons, tantante, dit Rose, roulez votre chapelet, et laissez les gens du monde s'amuser.

—Que vous a dit cette vieille radoteuse? dit l'étranger.

—Bah, dit Rose, vous savez que les anciennes prêchent toujours les jeunes.

Minuit sonna et le maître du logis voulut alors faire cesser la danse, observant qu'il était peu convenable de danser sur le mercredi des Cendres.

—Encore une petite danse, dit l'étranger.—Oh! oui, mon cher père, dit Rose; et la danse continua.

—Vous m'avez promis, belle Rose, dit l'inconnu, d'être à moi toute la veillée: pourquoi ne seriez-vous pas à moi pour toujours?

—Finissez donc, monsieur, ce n'est pas bien à vous de vous moquer d'une pauvre fille d'habitant comme moi, répliqua Rose.

—Je vous jure, dit l'étranger, que rien n'est plus sérieux que ce que je vous propose; dites: Oui... seulement, et rien ne pourra nous séparer à l'avenir.

—Mais, monsieur!... et elle jeta un coup d'œil sur le malheureux Lepard.

—J'entends, dit l'étranger, d'un air hautain, vous aimez ce Gabriel? ainsi n'en parlons plus.

—Oh! oui... je l'aime... je l'ai aimé... mais tenez, vous autres gros messieurs, vous êtes si enjôleurs de filles que je ne puis m'y fier.

—Quoi! belle Rose, vous me croiriez capable de vous tromper, s'écria l'inconnu, je vous jure par ce que j'ai de plus sacré... par...

—Oh! non, ne jurez pas; je vous crois, dit la pauvre fille; mais mon père n'y consentira peut-être pas?

—Votre père, dit l'étranger avec un sourire amer; dites que vous êtes à moi et je me charge du reste.

—Eh bien! Oui, répondit-elle.

—Donnez-moi votre main, dit-il, comme sceau de votre promesse.

L'infortunée Rose lui présenta la main qu'elle retira aussitôt en poussant un petit cri de douleur; car elle s'était senti piquer, elle devint pâle comme une morte et prétendant un mal subit elle abandonna la danse. Deux jeunes maquignons rentraient dans cet instant, d'un air effaré, et prenant Latulipe à part lui dirent:

—Nous venons de dehors examiner le cheval de ce monsieur; croiriez-vous que toute la neige est fondue autour de lui, et que ses pieds portent sur la terre? Latulipe vérifia ce rapport et parut d'autant plus saisi d'épouvante qu'ayant remarqué, tout à coup, la pâleur de sa fille auparavant, il avait obtenu d'elle un demi-aveu de ce qui s'était passé entre elle et l'inconnu. La consternation se répandit bien vite dans le bal, on chuchotait et les prières seules de Latulipe empêchaient les convives de se retirer.

L'étranger, paraissant indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, continuait ses galanteries auprès de Rose, et lui disait en riant, et tout en lui présentant un superbe collier en perles et en or: Ôtez votre collier de verre, belle Rose, et acceptez, pour l'amour de moi, ce collier de vraies perles.—Or, à ce collier de verre, pendait une petite croix et la pauvre fille refusait de l'ôter.

Cependant une autre scène se passait au presbytère de la paroisse où le vieux curé, agenouillé depuis neuf heures du soir, ne cessait d'invoquer Dieu: le priant de pardonner les péchés que commettaient ses paroissiens dans cette nuit de désordre: le mardi gras.—Le saint vieillard s'était endormi, en priant avec ferveur, et était enseveli, depuis une heure, dans un profond sommeil, lorsque s'éveillant tout à coup, il courut à son domestique, en lui criant: Ambroise, mon cher Ambroise, lève-toi, et attelle vite ma jument Au nom de Dieu, attelle vite. Je te ferai présent d'un mois, de deux mois, de six mois de gages.

—Qu'y-a-t-il? monsieur, cria Ambroise, qui connaissait le zèle du charitable curé; y a-t-il quelqu'un en danger de mort?

—En danger de mort! répéta le curé; plus que cela, mon cher Ambroise! une âme en danger de son salut éternel. Attèle, attelle promptement.

Au bout de cinq minutes, le curé était sur le chemin qui conduisait à la demeure de Latulipe et, malgré le temps affreux qu'il faisait, avançait avec une rapidité incroyable; c'était, voyez-vous, sainte Rose qui aplanissait la route.

Il était temps que le curé arrivât; l'inconnu en tirant sur le fil du collier l'avait rompu, et se préparait à saisir la pauvre Rose; lorsque le curé, prompt comme l'éclair, l'avait prévenu en passant son étole autour du col de la jeune fille et, la serrant contre sa poitrine où il avait reçu son Dieu le matin, s'écria d'une voix tonnante:—Que fais-tu ici, malheureux, parmi des chrétiens?

Les assistants étaient tombés à genoux à ce terrible spectacle et sanglotaient en voyant leur vénérable pasteur qui leur avait toujours paru si timide et si faible, et maintenant si fort et si courageux, face à face avec l'ennemi de Dieu et des hommes.

—Je ne reconnais pas pour chrétiens, répliqua Lucifer en roulant des yeux ensanglantés, ceux qui, par mépris de votre religion, passent à danser, à boire et à se divertir, des jours consacrés à la pénitence par vos préceptes maudits; d'ailleurs cette jeune fille s'est donnée à moi, et le sang qui a coulé de sa main est le sceau qui me l'attache pour toujours.

—Retire-toi, Satan, s'écria le curé, en lui frappant le visage de son étole, et en prononçant des mots latins que personne ne put comprendre. Le diable disparut aussitôt avec un bruit épouvantable et laissant une odeur de soufre qui pensa suffoquer l'assemblée. Le bon curé, s'agenouillant alors, prononça une fervente prière en tenant toujours la malheureuse Rose, qui avait perdu connaissance, collée sur son sein, et tous y répondirent par de nouveaux soupirs et par des gémissements.

—Où est-il? où est-il? s'écria la pauvre fille, en recouvrant l'usage de ses sens.—Il est disparu, s'écria-t-on de toutes parts. Oh mon père! mon père! ne m'abandonnez pas! s'écria Rose, en se traînant aux pieds de son vénérable pasteur—emmenez-moi avec vous... Vous seul pouvez me protéger... je me suis donnée à lui... je crains toujours qu'il ne revienne... un couvent! un couvent!—Eh bien, pauvre brebis égarée, et maintenant repentante, lui dit le vénérable pasteur, venez chez moi, je veillerai sur vous, je vous entourerai de saintes reliques, et si votre vocation est sincère, comme je n'en doute pas après cette terrible épreuve, vous renoncerez à ce monde qui vous a été si funeste.

Cinq ans après, la cloche du couvent de... avait annoncé depuis deux jours qu'une religieuse, de trois ans de profession seulement, avait rejoint son époux céleste, et une foule de curieux s'étaient réunis dans l'église, de grand matin, pour assister à ses funérailles. Tandis que chacun assistait à cette cérémonie lugubre avec la légèreté des gens du monde, trois personnes paraissaient navrées de douleur: un vieux prêtre agenouillé dans le sanctuaire priait avec ferveur, un vieillard dans la nef déplorait en sanglotant la mort d'une fille unique, et un jeune homme, en habit de deuil, faisait ses derniers adieux à celle qui fut autrefois sa fiancée:—la malheureuse Rose Latulipe.

L'influence d'un livre, Philippe Aubert de Gaspé fils

(Pour lire le roman complet)

Dans la musique, le groupe Mes Aïeux a fait une adaptation de cette légende où le diable entraîne une bergère (on peut le voir comme une allusion aux valeurs traditionelles d'agriculture ou bien par référence religieuse) dans une danse qu'on devine être la danse du capitalisme et le temps qu'elle réalise ce qui se passe, il est impossible d'en sortir.

Résultat choc des dernières élections
Idées recyclées, sondages d'opinions
Candidat-vedette, mise en pli plus-que-parfaite et poignées de main bidon
La valse des votes pour un oui, pour un non
La peur est un leurre et on mord à l'hameçon
Tu peux rien y faire, l'injustice prolifère et l'espoir se morfond

C'est une valse populaire
Un pas devant, deux pas derrière
Danse avec moi, jolie bergère
Ne me pose pas de questions
Oublie un peu tes moutons
Faisons comme eux, comme le monde, tournons en rond… tournons

Variette à paillettes pour capter l'attention
Des gros plans payants pour Vidéotron
Une piasse par appel pour sauver la belle Annabelle en pseudo-formation
Clones en devenir de la diva Dion
Bien mauvaise nouvelle pour les gosseux de chansons
Ça prend toute la place, la culture de masse est gavée de bonbons

C'est une valse douce-amère
Une valse qui brasse des grosses affaires
Danse avec moi, jolie bergère
Ne me demande pas mon nom
Laisse derrière tous tes moutons
Faisons comme eux, comme le monde, tournons en rond… tournons

Méga-compagnies, expansions et fusions
Une autre année record, profit de cent millions
Nouvelle stratégie, belle philosophie d'entreprise et restructuration
Mises à pied massives, coupures et compressions
Les ressources s'épuisent, y'a pus d'jus dans l'citron
On marche sur la braise, dans la chambre des fournaises on rajoute du charbon

C'est une valse incendiaire
Une valse dont tu es prisonnière
Danse avec moi, jolie bergère
Peu à peu, tu devines mon nom
Tu veux r'tourner à tes moutons
Mais tu es comme le monde, prise dans le tourbillon

Invasion de l'Empire jusque dans ton salon
Alerte aux terroristes, nouvelle inquisition
Oiseaux de fer, croisades militaires, feu de l'enfer au nom du Dieu Pognon
État policier pour calmer les tensions
Si tu ouvres la bouche, tu goûteras du bâton
Au bout du compte, la liberté a honte de ce qu'on fait en son nom

C'est une valse meurtrière
Une valse vieille comme la terre
Danse avec moi jolie bergère
Pendant que tu dansais au bras du démon
Ils se sont sauvés tes moutons
Ils sont comme le monde, crisse de triste conclusion… ils se sont jetés en bas du pont

 

Dans un moment d'inspiration folle, j'ai réécrit à mon tour la légende à ma façon, ici.

Lundi 18 juin 2007

Les faits:

Née dans la paroisse rurale de Saint-Vallier en Nouvelle-France et baptisée le 14 mai 1733, Marie-Josephte Corriveau est l'unique fille survivante de Joseph Corriveau, cultivateur, et de Françoise Bolduc. Elle épouse à l'âge de 16 ans, le 17 novembre 1749, Charles Bouchard, également cultivateur, de qui elle a trois enfants. Après sa mort (il est inhumé le 27 avril 1760), elle se remarie le 20 juillet 1761 avec un autre cultivateur de l'endroit, nommé Louis Dodier. Le matin du 27 janvier 1763, celui-ci est retrouvé mort dans sa grange, avec de nombreuses blessures à la tête. Malgré un décès attribué à des coups de sabot reçus de ses chevaux et une inhumation rapide le jour même, les rumeurs d'homicide et les soupçons ne tardent pas à se répandre dans le voisinage, Dodier ayant été de son vivant en mauvais termes avec son beau-père et son épouse.

À cette époque, la Nouvelle-France, conquise en 1760 par les Britanniques dans le cadre des opérations de la Guerre de Sept Ans, est administrée par l'armée anglaise. Les autorités militaires locales britanniques, chargées de maintenir l'ordre, ordonnent donc, sur la foi des rumeurs, une enquête sur la mort de Dodier, à l'issue de laquelle s'ouvre à Québec, le 29 mars 1763, devant un tribunal militaire composé de 12 officiers anglais, le procès de Joseph Corriveau et de sa fille Marie-Josephte. Ce procès se conclut, le 9 avril, par la condamnation à mort de Joseph Corriveau, reconnu coupable du meurtre de son gendre, et par la condamnation de Marie-Josephte, sa présumée complice, à 60 coups de fouet et au fer rouge.

Corriveau, condamné à la pendaison, avoue alors, à l'instigation de son confesseur, n'avoir été que le complice de sa fille, après que celle-ci ait tué son mari. Lors d'un second procès, le 15 avril suivant, Marie-Josephte avoue à son tour avoir tué son époux de deux coups de hachette pendant son sommeil, surtout en raison des mauvais traitements que lui faisait subir celui-ci. Le tribunal la déclare alors coupable et la condamne à être pendue, son cadavre devant ensuite être pendu « dans les chaînes ».

L’exécution eut lieu sur les Buttes-à-Nepveu, près des Plaines d'Abraham, un peu à l'ouest de l'actuelle porte Saint-Louis, probablement le 18 avril. Le corps fut ensuite, conformément à la sentence, exposé « dans les chaînes », c'est-à-dire dans une sorte de cage faite de chaînes et de cercles de fer, suspendu à un gibet dressé à la Pointe-Lévy, près d'un carrefour. Le corps et la cage restèrent exposés à la vue des passants jusqu'au 25 mai au moins, date où un ordre du gouverneur James Murray en permit l'enlèvement et l'inhumation.

(Merci Wiki...)

Littérature:

– Si donc, dit José, que le défunt père, tout brave qu’il était, avait une si fichue peur, que l’eau lui dégouttait par le bout du nez, gros comme une paille d’avoine. Il était là, le cher homme, les yeux plus grands que la tête, sans oser bouger. Il lui sembla bien qu’il entendait derrière lui le tic tac qu’il avait déjà entendu plusieurs fois pendant sa route; mais il avait trop de besogne par devant, sans s’occuper de ce qui se passait derrière lui. Tout à coup, au moment où il s’y attendait le moins, il sent deux grandes mains sèches, comme des griffes d’ours, qui lui serrent les épaules: il se retourne tout effarouché, et se trouve face à face avec la Corriveau, qui se grapignait amont lui. Elle avait passé les mains à travers les barreaux de sa cage de fer, et s’efforçait de lui grimper sur le dos; mais la cage était pesante, et, à chaque élan qu’elle prenait, elle retombait à terre avec un bruit rauque, sans lâcher pourtant les épaules de mon pauvre défunt père, qui pliait sous le fardeau. S’il ne s’était pas tenu solidement avec ses deux mains à la clôture, il aurait écrasé sous la charge. Mon pauvre défunt père était si saisis d’horreur, qu’on aurait entendu l’eau qui lui coulait de la tête tomber sur la clôture, comme des grains de gros plomb à canard.

– Mon cher François, dit la Corriveau, fais-moi le plaisir de me mener danser avec mes amis de l’île d’Orléans.

– Ah ! satanée bigre de chienne ! cria mon défunt père (c’était le seul jurement dont il usait, le saint homme, et encore dans les grandes traverses).

– Diable ! dit Jules, il me semble que l’occasion était favorable ! quant à moi, j’aurais juré comme un païen.

– Et moi, repartit Arché, comme un Anglais.

– Je croyais avoir pourtant beaucoup dit, répliqua d’Haberville.

– Tu es dans l’erreur, mon cher Jules ! Il faut cependant avouer que messieurs les païens s’en acquittaient passablement, mais les Anglais ! les Anglais ! Le Roux qui, après sa sortie du collège, lisait tous les mauvais livres qui lui tombaient sous la main, nous disait, si tu t’en souviens, que ce polisson de Voltaire, comme mon oncle le Jésuite l’appelait, avait écrit dans un ouvrage qui traite d’événements arrivés en France sous le règne de Charles VII, lorsque ce prince en chassait ces insulaires, maîtres de presque tout son royaume ; Le Roux nous disait que Voltaire avait écrit que « tout Anglais jure ». Eh bien, mon fils, ces événements se passaient vers l’année 1445 ; disons qu’il y a trois cents ans depuis cette époque mémorable et juge toi-même quels jurons formidables une nation d’humeur morose peut avoir inventés pendant l’espace de trois siècles !

– Je rends les armes, dit Jules; mais continue, mon cher José.

– Satanée bigre de chienne, lui dit mon défunt père, est-ce pour me remercier de mon dépréfundi et de mes autres bonnes prières que tu veux me mener au sabbat ? Je pensais bien que tu en avais, au petit moins, pour trois ou quatre mille ans dans le purgatoire pour tes fredaines. Tu n’avais tué que deux maris : c’était une misère! aussi ça me faisait encore de la peine, à moi qui ai toujours eu le coeur tendre pour la créature, et je me suis dit : Il faut lui donner un coup d’épaule ; et c’est là ton remerciement, que tu veux monter sur les miennes pour me traîner en enfer comme un hérétique !

– Mon cher François, dit la Corriveau, mène-moi danser avec mes bons amis; et elle cogna sa tête sur celle de mon défunt père, que le crâne lui résonnait comme une vessie sèche pleine de cailloux.

– Tu peux être sûre, dit mon défunt père, satanée bigre de fille de Judas l’Escariot, que je vais te servir de bête de somme pour te mener danser au sabbat avec tes jolis mignons d’amis !

– Mon cher François, répondit la sorcière, il m’est impossible de passer le Saint-Laurent, qui est un fleuve béni, sans le secours d’un chrétien.

– Passe comme tu pourras, satanée pendue, que lui dit mon défunt père; passe comme tu pourras; chacun son affaire. Ah! oui! compte que je t’y mènerai danser avec tes chers amis, mais ça sera à poste de chien comme tu es venue, je sais comment, en traînant ta belle cage qui aura déraciné toutes les pierres et tous les cailloux du chemin du roi, que ça sera un escandale, quand le grand voyer passera ces jours ici, de voir un chemin dans un état si piteux! Et puis, ça sera le pauvre habitant qui pâtira, lui, pour tes fredaines, en payant l’amende pour n’avoir pas entretenu son chemin d’une manière convenable! Le tambour-major cesse enfin tout à coup de battre la mesure sur sa grosse marmite. Tous les sorciers s’arrêtent et poussent trois cris, trois hurlements, comme font les sauvages quand ils ont chanté et dansé « la guerre », cette danse et cette chanson par lesquelles ils préludent toujours à une expédition guerrière. L’île en est ébranlée jusque dans ses fondements. Les loups, les ours, toutes les bêtes féroces, les sorciers des montagnes du nord s’en saisissent, et les échos les répètent jusqu’à ce qu’ils s’éteignent dans les forêts qui bordent la rivière Saguenay.

Mon pauvre défunt père crut que c’était, pour le petit moins, la fin du monde et le jugement dernier.

Le géant au plumet d’épinette frappe trois coups; et le plus grand silence succède à ce vacarme infernal. Il élève le bras du côté de mon défunt père, et lui crie d’une voix de tonnerre: Veux-tu bien te dépêcher, chien de paresseux, veux- tu bien te dépêcher, chien de chrétien, de traverser notre amie? Nous n’avons plus que quatorze mille quatre cents rondes à faire autour de l’île avant le chant du coq: veux-tu lui faire perdre le plus beau du divertissement ?

– Vas-t’en à tous les diables d’où tu sors, toi et les tiens, lui cria mon défunt père, perdant enfin toute patience.

– Allons, mon cher François, dit la Corriveau, un peu de complaisance! tu fais l’enfant pour une bagatelle; tu vois pourtant que le temps presse: voyons, mon fils, un petit coup de collier.

– Non, non, fille de Satan ! dit mon défunt père. Je voudrais bien que tu l’eusses encore le beau collier que le bourreau t’a passé autour du cou, il y a deux ans : tu n’aurais pas le sifflet si affilé.

Pendant ce dialogue, les sorciers de l’île reprenaient leur refrain :

Dansons à l’entour, Toure-loure ; Dansons à l’entour.

– Mon cher François, dit la sorcière, si tu refuses de m’y mener en chair et en os, je vais t’étrangler ; je monterai sur ton âme et je me rendrai au sabbat. Ce disant, elle le saisit à la gorge et l’étrangla.

– Comment, dirent les jeunes gens, elle étrangla votre pauvre défunt père ?

– Quand je dis étranglé, il n’en valait guère mieux, le cher homme, reprit José, car il perdit tout à fait connaissance.

Lorsqu’il revint à lui, il entendit un petit oiseau qui criait : qué-tu ?

– Ah çà ! dit mon défunt père, je ne suis donc point en enfer, puisque j’entends les oiseaux du bon Dieu ! Il risque un œil, puis un autre, et voit qu’il fait grand jour ; le soleil lui reluisait sur le visage. Le petit oiseau, perché sur une branche voisine, criait toujours : qué-tu ?

– Mon cher petit enfant, dit mon défunt père, il m’est malaisé de répondre à ta question, car je ne sais trop qui je suis ce matin : hier encore je me croyais un brave et honnête homme craignant Dieu ; mais j’ai eu tant de traverses cette nuit, que je ne saurais assurer si c’est bien moi, François Dubé, qui suis ici présent en corps et en âme. Et puis il se mit à chanter, le cher homme :

Dansons à l’entour, Toure-loure ; Dansons à l’entour.

Il était encore à moitié ensorcelé. Si bien toujours, qu’à la fin il s’aperçut qu’il était couché de tout son long dans un fossé où il y avait heureusement plus de vase que d’eau, car sans cela mon pauvre défunt père, qui est mort comme un saint, entouré de tous ses parents et amis, et muni de tous les sacrements de l’Église, sans en manquer un, aurait trépassé sans confession, comme un orignal au fond des bois, sauf le respect que je lui dois et à vous, les jeunes messieurs. Quand il se fut déhâlé du fossé où il était serré comme une étoc (étau), le premier objet qu’il vit fut son flacon sur la levée du fossé; ça lui ranima un peu le courage. Il étendit la main pour prendre un coup ; mais, bernique! Il était vide! la sorcière avait tout bu.

Les Anciens canadiens, Philippe Aubert de Gaspé (père)

Musique:

La corrida de la corriveau, Mes Aïeux

 

La corriveau, Gilles Vigneault

 

Le premier mari de la Corriveau
Était un bonhomme qui dormait sûrement un peu trop
Car une nuit de sommeil trop agité
Il s'est étouffé à mort avec son oreiller

La veuve s'est remariée, ce ne fut pas trop long
Avec un alcoolique qui faisait des dépressions
On l'a retrouvé pendu d'une drôle de façon
La corde attachée à la selle de son étalon

Jamais deux sans trois comme le dit le dicton
Sur un fondeur de cuillères, elle jeta son dévolu
Mais le pauvre étant victime d'une distraction
Dans l'oreille s'est versé de l'étain fondu

Elle convole en justes noces une quatrième fois
Avec un vétérinaire originaire de Ste-Foy
Mais il est tombé malade et pour lui ce fut fatal
Il aurait peut-être pas dû avaler son remède de cheval

C'est la corrida des maris de la Corriveau
Qui maniait son jupon comme un torero
Messieurs, mettez-vous en ligne, prenez un numéro
Goûtez délices et supplices de la Corriveau

Le cinquième, un saint homme, réputation sans tache
Alors qu'il priait, s'est assommé sur sa hache

Le sixième, un cordonnier malhabile
S'est passé son alêne à travers le nombril

Le septième, un colon anglais à l'air louche
S'est empalé par accident sur sa fourche

N'en jetez plus la cour est pleine
Et la Corriveau devra payer de sa peine

C'est la corrida...

Si vous passez une nuit
Sur la côté de Lévis
Et qu'il vous semble entendre un arbre qui gémit
Gardez les yeux par terre
Et faîtes une prière
Car la Corriveau se balance toujours dans sa cage de fer

Oyez oyez gens de ce pays
Gens de la ville et d'ailleurs aussi
Je viens vous dire un conte effrayant
Pour le chanter c'est en se signant
Oyez oyez gens de ce pays
Gens du présent du passé aussi
Gens du futur qui en parlerez
La Corriveau vous l'appellerez

C'était du temps que tout ce pays
Était trahi envahi conquis
L'Anglais vainqueur était maître et toi
Était le juge et faisait sa loi
Merles et pinsons annonçaient printemps
Feuilles au-dehors et bruits en dedans
Au coeur amour au jardin muguet
Neige fondait herbe reverdait

La Corriveau comme fut nommée
Et qui laissa triste renommée
D'avoir tué son second mari
Pour le premier on l'a dit aussi
Dans son village et les alentours
Pour la nommer on parlait d'amour
Tant était belle et pure en ce temps
Noire de crimes et laide à présent

Une servante au nom Isabeau
Et qui trouvait le mari fort beau
Mit en ce lieu si grand désaccord
Que le mari fut retrouvé mort
Son père avec son second mari
Se disputait c'set ce qu'elle a dit
La Corriveau aurait découvert
Son mari mort et le crâne ouvert

En découvrant cet affreux forfait
Tout le pays en fut stupéfait
On arrêta son père en premier
On le prenait pour le meurtrier
On l'amenait pour être pendu
Mais quand le prêtre l'eut entendu
Il avoua s'être condamné
Pour son enfant, il fut pardonné

Le colonel et le gouverneur
Et les témoins de ce grand malheur
Ont prononcé même jugement
Ont demandé même châtiment
Dans les barreaux d'une cage en fer
Mise vivante et pendue en l'air
La Corriveau devait expier
De faim de froid devait expirer

Oyez oyez gens de ce pays
Gens du présent du passé aussi
Gens du futur qui en parlerez
La Corriveau vous l'appellerez.
   

 
 
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